Cesare, un manga historique d’une grande richesse.

Fuyumi Soryo (Mars, Boyfriend, Eternal Sabbath) officie depuis près de 30 ans dans le manga. Son œuvre, riche et variée est reconnue par la critique sans qu’elle soit connue du grand public.

Avec Cesare, Fuyumi Soryo s’intéresse au personnage historique de Cesare Borgia qui vécu de 1475 à 1507 soit durant la période qui amorçait le début de ce que l’on appel « La Renaissance ».

L’action à lieu en Italie et si l’on voyage dans plusieurs recoins du pays, le début de l’histoire se déroule à Pise.

Il est important de préciser que ce manga est écrit et dessiné en concertation avec Motoaki Hara, spécialiste de la littérature et de l’histoire italienne. Le manga se base donc sur des sources fiables. Le duo semble effectuer des recherches et mener des réflexions sur la manière d’aborder les événements historiques mais aussi sur la représentation des bâtiments, intérieurs, œuvres d’arts..

Les tomes se terminent généralement par une bibliographie, un lexique et une postface riche en informations ce qui permet d’approfondir nos connaissances tout en comprenant plus finement ce qui s’est déroulé dans le manga.

Cependant, Cesare reste une fiction et non un documentaire. Le meilleur exemple est le personnage principal qui est Angelo Da Canossa, un personnage fictif par lequel on va découvrir les us et coutumes mais aussi les enjeux de l’époque. Le manga jongle entre événements historiques et passages purement fictifs servant à développer le contexte et les personnages.

Cesare Borgia pourrait aussi être le personnage principal mais la narration n’est pas centré sur son regard.

L’histoire débute avec Angelo, un jeune homme venant d’une famille d’artisan et qui a l’occasion d’intégrer des cours de droit à l’université de Pise grâce à la famille des Médicis. Nous allons découvrir le monde universitaire et la complexité de la vie mondaine par les yeux de ce personnage. Angelo fait rapidement la rencontre d’autres étudiants dont bien sur Cesare mais aussi Giovanni de Médicis, un autre personnage historique ayant de l’importance dans le manga. Rapidement l’histoire ne se centre plus sur la vie étudiante et les festivités mondaines. On va alors découvrir la complexité de la vie d’époque, le contexte politique, les injustices sociales et bien d’autres thèmes.

Si les événements racontés dans ce manga sont d’une grande précision historique, Fuyumi Soryo n’oublie pas de rendre son œuvre divertissante. Certains tomes proposent pas mal de texte pourtant, l’amusement est là tant. L’autrice arrive à nous intéresser grâce à la vivacité des dialogues, des petites touches d’humour, la complexité des personnages et certains jeux d’esprit.

Le manga est dans sa première partie très didactique. On découvre la vie de l’époque au travers du personnage ignorant et naïf d’Angelo. Si ce procédé narratif fonctionne et se montre logique, il alourdit parfois le récit et casse le naturel et de l’histoire. J’ai l’impression que plus l’histoire avance, plus l’autrice parvient à trouver le ton juste, rendant la lecture moins lourde et plus captivante malgré le flot toujours important d’informations.

Des joutes verbales parsèment le récit et amènent de la tension et des moments forts. Cependant, ces scènes me semblent parfois un brin trop écrites et peu naturelles. (comme souvent dans ce type d’œuvre). Bien sur, ces scènes sont importantes vu l’aspect politique l’histoire et je les ai apprécié sans pour autant les trouver toujours juste.

L’aspect beaux garçons doués en tout qui s’admirent et s’entraident avec l’absence de personnages féminin m’a parfois dérangé sans que cela n’entache mon plaisir de lecture.
La part d’ombre et de violence qui anime chaque personnage n’est pas occulté. Angelo est très naïf et innocent au début du manga. À tel point qu’il en devient parfois agaçant. Angelo va beaucoup évoluer au fil de l’histoire pour devenir plus complexe et profond, allant jusqu’à rivaliser de charisme et d’intérêt avec Cesare Borgia. Ce dernier est d’ailleurs montré parfois comme un ange proche de la perfection et à d’autres moments comme un manipulateur égoïste et sans remords.

Il est amusant de voir Angelo ou Cesare croiser de nombreux personnages historiques très connus Machiavel, Christophe Colomb, Léonard de Vinci ou encore Michel-Ange. Heureusement l’autrice ne s’attarde pas plus que de raison sur eux et utilise ses apparitions pour donner corps à son univers en le rendant plus riche et profond.

La galerie de personnages ne se limite pas aux noms connus de tous. De nombreux personnages gravitant autour de Angelo et Cesare sont intéressant et bien exploités à commencer par Miguel l’amie d’enfance de Cesare, le dominicain Savonarole, les différents personnages de la famille des Médicis, l’impressionnant cardinal Guiliano Della Rovere..

Au fil des tomes, la lectures révèle une profondeur insoupçonnée. La politique est décrite avec minutie ainsi que les tourments au sein de l’église catholique. Les lents mais visibles bouleversement d’une époque sont très bien rendues. La connaissance, l’esprit, l’ouverture sur le monde, l’entraide se confrontent aux luttes d’influences, aux inégalités, à la course au pouvoir et à la peur du nouveau. Des problématiques qui sont toujours d’actualités mais qui sont ici adaptées au contexte historique.

Cesare s’entoure de personnes ayant des nationalités et des religions différentes. C’est souvent mal vu à l’époque (notamment par des personnages français) et pourtant l’argumentaire et les connaissances de Cesare lui permettent de lui donner raison. J’ai beaucoup aimé cette manière d’émettre un point de vue argumenté et structuré sur des divers sujets.

On découvre entre les cases comment les mentalités évoluaient peu à peu en annonçant les prémices des bouleversements de la renaissance.

Il est particulièrement intéressant de voir comment était organisé l’Italie de l’époque. Entre le pouvoir des états pontificaux, les duchés et les républiques, les enjeux politiques étaient complexe. Vous l’aurez compris, Cesare est une œuvre d’une grande richesse. En abordant une multitude de thématiques avec tact et profondeur, la mangaka va au delà de la simple reconstitution historique. J’aime beaucoup quand un divertissement amène des réflexions et propose un réel regard sur le monde.

Le dessin de Cesare est vraiment impressionnant. La reconstitution historique est formidable, l’autrice doit passer des heures à reconstituer les bâtiments, habits d’époques, gestes, œuvres d’arts et le rendu visuel est une merveille pour les yeux. J’aime également beaucoup sa manière de dessiner les personnages. Son style est très personnel et tout les personnages principaux font un peu prince charmant charismatique.
Certaines scènes mouvementées sont un peu rigide mais l’autrice fait du très bon travail en donnant du rythme et de l’impact aux nombreuses scènes de dialogues. Les personnages sont immergés dans des décors foisonnant de détails ce qui facilite l’immersion.

Le rythme actuel de prépublication est à prendre en compte avant de débuter le manga. En effet, les nombreuses recherches et la rigueur visuelle que s’impose Fuyumi Soryo rendent le rythme est très très lent.

Vivifiante, enrichissante, divertissante, la lecture de Cesare peut se décrire avec nombres adjectifs. Comme toute œuvre, ce manga contient des éléments qui ne plairons pas à tous comme ce fut le cas pour moi sans que cela n’entache le plaisir de lecture.

Il est rare d’avoir l’occasion de lire un manga aussi riche et documenté. Fuyumi Soryo arrive à nous passionner pour la vie de Cesare Borgia et il est difficile de se détacher des personnages tant ils sont vivants et complexes.
Vous l’aurez compris je recommande vivement la lecture de Cesare !

Cesare est en cours de publication avec 12 tomes parues en français chez les éditions Ki-oon.

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