La princesse du château sans fin/The princess of the never-ending castle, une œuvre aussi intéressante dans son propos que folle dans son histoire, un coup de cœur.

Shintaro Kago fait partie des auteurs que j’adore et chaque nouvelle publication de son œuvre me procure une grande joie. Je me suis procuré les titres édités par l’éditeur italien Hollow Press. Parmi ces titres on peut retrouver The princess of the never-ending castle. Même si j’aime l’auteur, je ne me voyais pas prendre un manga que j’ai déjà juste pour une traduction française (le manga a été traduit par les éditions Huber sous le titre La princesse du château sans fin). Je n’ai pas un très bon niveau d’anglais donc la chronique qui va suivre ne sera pas très approfondie, je m’en excuse.

Nous sommes dans un Japon médiéval et le monde est une tour gigantesque qui s’élève dans le ciel. Tout d’un coup, deux chefs rivaux se battent en duel. L’un tue l’autre sauf.. Qu’il existe une autre réalité où le duel se termine d’une autre manière. Le monde-tour va alors se diviser en 2 pour représenter ces 2 possibilités. À chaque fois qu’un chef meurt ou qu’un événement important à lieu, 2 réalités parallèles se créent et la tour se sépare en 2.

Nous sommes donc amenés à suivre l’histoire d’une princesse déchue car vivant dans une réalité où son père est mort. Elle doit fuir avec ses derniers hommes, ils sont poursuivis par celui qui a vaincu en duel son père. La fuite vers le bas les amènent à l’étage où à lieu le duel, alors qu’elle essaye de fuir vers l’autre tour, la réalité se déforme. Le récit était déjà un brin barré mais à partir de ce moment, l’histoire va être de plus en plus folle. Le tout est bien entendu illustré par le trait assez dingo de Kago.

Le monde tour

On retrouve avec ce manga le travail de relecture de l’histoire tel qu’on peut le lire dans ses œuvres comme La grande invasion mongole ou Carnets de massacre. Shintaro Kago joue avec l’histoire pour montrer que l’homme va toujours exploiter l’homme, peu importe les possibilités du réel. Dans une réalité, les chefs vont garder le pouvoir par les armes, laissant la population affamée quand de l’autre, ils vont construire un autre système d’oppression malgré la présence de nourriture. Le monde représenté sous forme de tour est parfait pour représenter différents aspects de la société via différents étages. Oppression des femmes, des déformés, rébellion sanglante etc..

La lecture est foisonnante, d’autant plus que l’auteur utilise avec intelligence une narration parallèle car on suis en même temps 2 réalités différentes.

Shintaro Garo aime expérimenter sur les possibilités narratives et graphiques de la BD et cela se ressent beaucoup à la lecture de ce titre. Pages qui se répondent en miroir où diffèrent quelques personnages et dialogues via une narration parallèle, expérimentation visuelle sur les corps, l’architecture, la violence.. L’auteur nous emmène dans des contrées inconnues avec une maîtrise assez dingue de son art.

Exemple de mise en scène avec 2 réalités différentes en parallèle

On retrouve son habituel travail sur le corps. La violence est omniprésence tout comme la torture, le sexe et les déformations visuelles. Certaines pages sont aussi dégoutantes que fascinantes et en même temps très troublantes. Kago joue avec nos représentations et notre éthique tout en rappelant combien l’histoire de l’humanité est marquée par les massacres, la violence et l’oppression (y compris l’utilisation des corps comme matière première dans les travaux physiques où dans l’utilisation des femmes pour assouvir le désirs sexuels des hommes).

Malgré un propos sérieux et des expérimentations visuelles, l’œuvre est très drôle et propose des passages d’anthologie si l’on aime l’ero guro et l’humour grotesque.

La lecture monte peu à peu en puissance et deviens vite tout simplement renversante !

Au vu des dernières pages, on peut comparer l’histoire à une sorte de chaîne d’ADN où la vie est représentée par une infinité de possibilités qui se croisent et s’entrecroisent. Bien sûr, cela est montré de manière cocasse et gore par un Kago toujours un peu coquin.

On retrouve tout l’imaginaire déglingo propre à l’auteur et son inventivité pour créer des logiques surréalistes qui se tiennent.

Le dessin de Kago n’a jamais été aussi éblouissant et impressionnant. Son trait a une belle épaisseur et se montre pourtant très expressif et inventif. Il arrive à rendre réel ce qui est surréaliste et plusieurs cases sont pour le coup très troublantes.

Le découpage des pages est renversant et sort le lecteur de ses habitudes. Ce manga est à mon sens une vraie prouesse graphique et narrative.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré ma lecture et The princess of the never-ending castle (La princesse du château sans fin) compte déjà parmi mes Shintaro Kago favoris. Si vous aimez l’auteur, je ne peux que vous conseiller sa lecture. Je ne crois pas que ce manga soit la meilleure porte d’entrée pour l’auteur mais si vous n’êtes pas rebuté par l’hyper violence graphique et les expérimentations narratives, je ne peux que conseiller ce manga qui tranche avec le reste de la production.

Si vous cherchez une lecture drôle, puissante et qui prend au dépourvu, vous allez être servi. Alors oui ce manga peut désarçonner comme tous ceux de son auteur. J’aime décidément beaucoup ce mélange de délire foutraque et de propos très intéressant sur l’humain.

(Attention tout de même, cette œuvre n’est pas à mettre entre toute les mains car présentant des scènes d’une grande violence visuelles, du sexe et de la torture).

The princess of the never-ending castle (La princesse du château sans fin) est disponible en 1 tome en Français chez les éditions Huber et en anglais chez les éditions Hollow Press. 

2 commentaires

  1. J’ai laissé de côté la lecture de ce manga (il me semble d’ailleurs qu’il y a une suite !) même si les premières pages suggéraient que ça allait être fou… et ton avis ne fait que confirmer cela 🙂 J’espère donc profiter de l’été pour rattraper ce retard et retrouver le plaisir qui émane de ton avis !

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